18.09.2011
Les bénefs de la BNS
Vacances, début août, Adriatique. La folie du franc suisse m'incite comme chacun à spéculer sur sa hausse. Autrement dit, ne changer mes francs que le plus tard possible, pour l'aubaine qu'ils soient augmentés entre-temps. Après une semaine je rejette cette attitude - par solidarité pour les efforts de la BNS qui tente de bloquer cette spéculation-là pour le bien de notre économie. Ma solidarité est toute symbolique ou plutôt kantienne, vu l'insignifiance de mes quelques centaines de francs - sauf à les multiplier par le nombre de mes semblables micro-spéculateurs, peut-être. Mais l'épisode m'a rendu attentif à ce que je ressens à mon tour comme un manque de solidarité de la BNS. Non tant au niveau économico-financier qu'au niveau de l'accès au sens.
(Avertissement: tout ce qui suit n'est qu'une façon très indirecte de formuler des questions auxquelles wikipedia répond. De surcroit, comme pour y répondre, Le Monde ici et la BNS là ont publié des explications dans les jours qui ont suivi cette note)
La BNS fixe le sens du CHF. Ce qui serait mensonge pour d'autres comptabilités (en CHF) que celles de la BNS, découle en droit pour cette dernière d'une liberté spéciale dont elle dispose (à propos du CHF). Je suis alors ébahi qu'on nous explique que la BNS fait des pertes lorsqu'elle vend des CHF qu'elle crée à mesure pour répondre à la demande étrangère (qui sans cela confère à notre monnaie une valeur trop haute pour notre économie exportatrice).
Le paradoxe
Détaillons ce qu'on nous explique à propos du plafond que la BNS fixe au CHF:
(a) La BNS crée des CHF (avec réticence et pour une raison de force majeure). A l'issue de cette opération elle a donc plus d'argent qu'au départ. Elle seule a droit de le faire, quiconque d'autre serait faussaire et passible de sévères sanctions. Le seul doute qu'on peut se constituer à propos de l'idée que la BNS possède à ce moment-là plus d'argent qu'au départ, est un doute parallèle au doute qui touche « l'argent » produit par un faussaire. Au niveau comptable, pareil doute se traduit par une incertitude sur une valeur réelle qui s'étend de la valeur nulle à la valeur nominale de l'argent créé. Mais ne s'étend pas à l'échange d'un signe - pour un signe +, soit à la requalification de l'avoir en dette.
(b) Ces CHF qu'elle crée, la BNS les échange immédiatement contre une monnaie étrangère - des € en l'occurrence. S'il y a doute sur la valeur que la BNS a créée de rien, ce doute se trouve alors déplacé hors de la BNS. On peut certes débattre de la conservation et de la destination de ce doute, mais une chose est certaine c'est qu'il a été expulsé de la BNS, parce que la BNS n'a plus dans les mains rien que de l'argent antérieur à l'acte de création de monnaie (que par hypothèse nous imaginons ici suspect). A ce moment-là, la BNS a exactement l'argent national qu'elle avait avant l'opération (a), et du fait de l'opération (b) dispose d'un supplément en monnaies étrangères.
(c) L'acte de la forme (a+b) constitue pourtant, nous dit-on, une perte pour la BNS, et notamment obère le bénéfice annuel re-distribuable aux cantons.
Par ailleurs notre expérience de consommateur-touriste-vacancier-citoyen:
(d) L'intervention de la BNS diminue le CHF sur les marchés mondiaux. Et concrètement pour nous, elle correspond toutes choses égales par ailleurs à une baisse de pouvoir d'achat à l'étranger. La valeur est donc soustraite à celle que prendraient sinon à l'étranger les CHF déjà dans nos poches à ce moment-là. Ceci sans parler encore de la perte de pouvoir d'achat intérieur par l'effet d'une inflation qu'on nous promet d'ici un an ou deux en conséquence tardive de la même opération. Ces soustractions immédiate ou tardive de valeur ne se trouvent pas compensées mais redoublées à la fin de l'année lorsque la BNS comptabilise de surcroît l'opération comme une perte pour elle-même, c'est-à-dire aussi nous.
L'explication, une convention spéciale ?
Tout cela ne tient pas debout. La seule explication possible à l'apparent contresens est qu'intervient là une convention spéciale à la comptabilité d'une banque centrale.
Du genre : la BNS se fixe un but en termes du nombre idéal de CHF en circulation à échéance annuelle, et comptabilise comme un bénéfice l'éventuel déficit de francs suisses en circulation, par rapport à ce qu'elle voulait. La BNS rectifie alors en distribuant aux cantons cette somme qu'elle crée de rien comme elle est seule à pouvoir le faire, de sorte qu'à la fin la masse monétaire en circulation est exactement ce que la BNS veut. Mais si la bonne explication est semblable à ça, il y a alors pour le moins lacune de démocratie: parce qu'est trompeuse la peinture donnée au peuple lorsqu'on parle de « distribution de bénéfices de la BNS ».
La question alors, quel arbitraire y a-t-il à la façon de la BNS de compter ? Comment et pourquoi la BNS veut-elle ce qu'elle veut pour la masse monétaire ? Et la question est identique pour les autres banques centrales, bien sûr.
Le problème
Au zoom arrière, trois choses sont là particulièrement claires.
(1) Les banques centrales servent d'appui simultanément aux économies réelles et à la planète finance.
(2) La planète finance n'endosse pas de responsabilité pour la gouvernance mondiale que pourtant elle domine.
(3) Dominée qu'elle est par la planète finance, la gouvernance mondiale peine abominablement à prendre à bras le corps une foule de problèmes urgents qui a priori ne correspondent pas à des intérêts solvables ou s'y opposent - de l'éradication de la faim au réchauffement climatique pour ne citer que ceux-là.
Je reviens à la «lacune de démocratie » plus haut dénoncée de la part de la BNS.
Avec ce nom de « bénéfice » que la BNS donne à l'argent qu'elle distribue (ou pas) aux cantons, la BNS obscurcit aux yeux du peuple la logique de ce qu'elle fait. Or la logique de ce que fait la BNS est commune aux autres banques centrales et cette logique est en amont de la finance et in fine des déficits de la gouvernance mondiale. Utilisé pour exprimer aux Suisses les effets même avantageux de ladite logique, le langage « créatif » de la BNS pose alors un problème semblable à celui que pose un sarcasme lorsque son auteur divague.
Un sarcasme consiste à dire le contraire de ce qu'on pense par ironie, avec (parmi d'autres) l'effet de le rendre inaccessible à la rectification par autrui. Le reproche que je fais au langage de la BNS est de sciemment entretenir une distance entre l'entendement des initiés et celui du sens commun. Autrement dit d'user d'une feinte - et cela sans égard pour l'obstacle que constitue pareille feinte lorsqu'il s'agirait de ré-évaluer tous ensemble le rôle de médiation des banques centrales entre l'économie et la finance. Soit l'objet de mon point (1), assurément mal étayé.
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Commentaires
Il est certain que les banques suisses ont été averties de ces remaniements et leur a permit d'engranger des milliards de bénéf, pas comme les citoyens de ce pays, qui eux ont vu le couperet tombé sans avertissement, il est illégal de procéder de la sorte, les citoyens auraient dû être avertis, dans une démocratie !!!
Ecrit par : Corto | 18.09.2011
Corto, il me semble observer que nos critiques de la BNS partent de postures diamétralement opposés, vous en voulez à la BNS de vous avoir surpris dans votre activité spéculative, je lui en veux non pour ce qu'elle fait à notre argent mais pour ce qu'elle fait à notre intelligence.
Ecrit par : Boris Borcic | 18.09.2011
Boris, les banques s'en fiche de notre intelligence, alors restons sur les réalités matérielles, voulez-vous ?
Ecrit par : Corto | 18.09.2011
Banque centrale, banque privée, pas la même chose. Cette histoire de "bénéfices" entretient la confusion.
Et en fait de réalité matérielle, ne pas oublier que l'argent n'est que de la représentation, une réalité de convention. Convention qu'il appartient aux banques centrales d'entretenir, justement.
Ecrit par : Boris Borcic | 19.09.2011
Conclusion, nous assistons une fois de plus aux tricheries en faveur des banques, assurances etc. et que nous sommes en droit d'appeler "mafia politico-financière", pendant que l'UBS nous a enfumé avec un "trader" et ses 2 milliards, grâce à ces manipulations spéculatives sur le franc, leur a permit d'engranger 200 milliards sur le marché des devises !
Ecrit par : Corto | 19.09.2011
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