09.11.2011
Les machines à tuer
Outre à l'usage qu'ils leur trouvent, certains aiment les fusils, les pistolets, les avions de combat ou peut-être même les guillotines ou les bombes atomiques parce que c'est « de la belle machine ». Du coup on peut s'appuyer sur cette idée de « beau » pour ouvrir sur ces objets l'oeil réservé à l'art. Il s'agira plus « concrètement » de se figurer soi-même extra-terrestre, d'une planète semblable à la nôtre sauf pour le fait que la violence homicide y est inconnue.
Et l'une au l'autre de ces armes, révélée dans une exposition d'art où on peut la découvrir. Le spectateur sensible devinera-t-il les Verduns dans les fusils d'assaut, les épurations et la peine capitale dans la guillotine, Nagasaki et la guerre froide dans la bombe atomique ?
Peut-être bien. Imaginons. Un propos ici est que, si ces armes étaient vraiment oeuvres d'art leurs inventeurs, ou plus exactement leurs auteurs, se verraient attribuer leur impact sur l'imagination.
Mettons de côté guillotines et autres machines à exécutions capitales, quand bien il me paraît que fusils et autres armes de guerre ne sont pas fondamentalement moins malsaines à aimer, les amoureux des guillotines et des choses comme ça me paraissent suffisamment rares en principe pour être négligés.
C'est donc seulement à partir des armes de guerre que je voudrais ainsi esquisser ma propre contribution créative pour la galerie des machines à tuer. Prenons le fusil. On observe que le fusil distribue deux rôles, celui de tireur et celui de cible. Mais normalement en situation de guerre, la cible aura aussi un fusil dont elle sera le tireur; alors que le premier tireur en sera la cible. Et la plupart des armes de guerre appellent ainsi à servir opposées à leurs semblables - enfin, il s'agit plutôt de l'effet naturel de la course aux armements.
Bref, cela m'inspire l'idée que les armes de guerre connues ne correspondent qu'à la moitié de la machine à tuer en guerre idéale, dont je propose le portrait suivant.
- Il s'agira de deux « boîtes à chat de Schrödinger » mais agrandies, afin qu'en chacune l'on puisse isoler un humain.
- séparées par une distance conséquente, d'un kilomètre ou peut-être bien plus, pour permettre que ces humains-là appartiennent à des délégations qui se battraient si elles venaient en contact.
- modifiées en remplaçant la source radioactive par un système de téléportation quantique qui les synchronise, afin qu'elles fonctionnent comme une parfaite roulette russe en tuant au hasard l'occupant d'une des boîtes cependant qu'elle épargne l'autre.
- modifiées peut-être aussi pour remplacer le poison par une létalité plus high-tech (pourvu que cela ne fasse pas de saletés, afin que des personnalités puissent succomber sans exagérément choquer le public).
D'après l'une des interprétations consacrées de la mécanique quantique, ce dispositif autorise la scission du réel en deux mondes parallèles correspondant à chacun des cas de figure de l'issue.
Genève, rappelons-le au passage, abrite l'équipe pionnière en téléportation quantique du Prof Gysin ; de plus, elle a une vocation à permettre le rapprochement de parties en conflit.
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