08.11.2011
Le Coefficient de Génocidité
L'année 1991, il y a 20 ans, commençait sur l'ultimatum de l'opération Tempête du Désert le 15 janvier 1991. Le monde entier a ainsi vu pendant des mois s'approcher cette échéance, avec une certaine horreur à anticiper tous les morts que l'affrontement promettait.
L'issue de l'operation Tempête du Désert fut surprenante à deux titres précis. D'abord, la mortalité en fut très inégalement répartie. Du côté irakien, elle était difficile à estimer, les coalisés et Saddam Hussein manifestant une véritable complicité à ne pas compter les morts parmi les soldats irakiens. Les estimations vont de 30000 à 100000 morts. Du côté des coalisés, les morts furent moins d'une centaine.
L'autre aspect troublant de l'issue de la Gulf War fut la difficulté à cerner un but de guerre bien accompli, lequel aurait "justifié" d'avoir tué tous ces gens - au moins d'un point de vue militaire. Pendant toute la durée de l'opération sur le territoire irakien - soit après avoir libéré le Koweit - la chute de Saddam Hussein était présentée comme le principal but visé ; à la fin de l'opération, un triomphe fut fêté sur Broadway et l'opération Desert Storm, présentée comme une parfaite réussite militaire. Mais Saddam Hussein n'est pas tombé... C'est à contempler le vice de la situation créée, que j'en suis venu des années plus tard à élaborer plusieurs concepts, comme celui du coefficient de génocidité que j'expose ici.
De la guerre comme d'une maladie
L'idée sera là d'abord d'affirmer le caractère de pathologie des guerres. Voir la guerre comme une maladie, cela permet de se figurer qu'il faille des paramètres, semblables à ceux des analyses cliniques, donnant une mesure de la pathologie. Le nombre total des morts constitue un premier paramètre évident à établir. Il correspond le plus intuitivement au mal qui apparaît dans l'expression « moindre mal » dont se gargarisent volontiers les chefs va-t-en-guerre. Le cas du déséquilibre du nombre des morts de la Tempête du Désert, constitue toutefois une anomalie que cette mesure du total des morts ne traduit en rien.
...qui aurait le génocide pour paroxysme
Mais pourquoi serait-il donc une pathologie particulière que le nombre des morts soit très déséquilibré ? C'est à cause du postulat de légitime défense. Imaginons le cas extrême où il n'y a de morts que d'un seul côté, c'est alors que ceux de l'autre côté ne courient en fait aucun risque, et donc qu'ils n'ont nullement tué en légitime défense. En somme, plus on s'éloigne du bon partage des morts, plus on s'approche avec évidence de faits qui ne sont plus des actes de guerre légitimes, mais des faits de massacre ou de génocide.
C'est pourquoi j'ai élaboré ce « paramètre d'analyse » complémentaire au total des morts, pour exprimer cet aspect de la pathologie d'une guerre. Les définitions sont les suivantes, en admettant que A soit le nombre des morts du premier camp, et B le nombre pour l'autre camp.
T = A+B -- le total des morts
G = |log(A/B)| -- le coefficient de génocidité
Ces deux paramètres ont une chose en commun, c'est qu'ils ne changent pas lorsqu'on permute les deux camps. Admettons que deux personnes en viennent à analyser la même guerre, mais que l'un appelle A le camp que l'autre appelle B et vice-versa : ces deux personnes obtiendront la même valeur pour chacun des deux paramètres. Dans le cas de T, la raison est évidente puisque l'addition est commutative, A+B=B+A. Dans le cas de G, le fait est que log(B/A) = -log(A/B) et donc que G(A,B) = |log(A/B)| = |log(B/A)| = G(B,A).
La fonction log() est le logarithme en base 10. Comme le nombre des humains sur Terre approche des 10 milliards, soit 10 à la puissance 10, cela a pour conséquence que le coefficient de génocidité variera spontanément entre 0 et (un peu moins de) 10. Les valeurs extrêmes correspondent évidemment à des situations abstraites.
Quelques valeurs concrètes du Coefficient de Génocidité
G=0 correspondra à une guerre qui se mènerait à coups de duels à la roulette russe - ou au moyen de la machine que j'ai décrite dans ma note « Les machines à tuer ». Parce que les représentants de chaque camp courent exactement le même risque, et meurent donc à la longue en même nombre.
Le cas G=10 pourrait correspondre au cas du traître absolu qui pour sauver sa propre peau vendrait toute l'humanité à des envahisseurs extraterrestres prêts à nous supprimer.
Les cas réels sont entre les deux. On attribue au Génocide d'Hitler six millions de victimes juives ; il est souvent évoqué que celles-ci ne se sont guère défendues, mais la décence exige de supposer que malgré tout elles ne se soient pas laissé faire au point de ne tuer aucun de leurs tortionnaires. Il est raisonnable, me semble-t-il, de supposer qu'une centaine d'entre eux y ont laissé leur peau. En tous cas, plus raisonnable que de supposer que ce ne fut le cas d'aucun d'entre eux. Ceci nous mène à G ≈ 5.
Le cas de la Tempête du Désert conduit à une valeur pour G ≈ 2,5 - 3.
La guerre de Gaza de janvier 2009 - « Opération Plomb Durci » nous donne G = |log(13/1330)| ≈ 2.
L'attaque du WTC du 11 septembre 2001, donne G = |log(19/2997)| ≈ 2,2
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